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Un groupe de véliplanchistes se retrouvait tous les ans au bord
de la mer, avec épouses, amies et concubines.
Une année, l’un des hommes éprouva de terribles douleurs
aux tendons des bras après une journée d’effort intense et
permanent. Le troisième jour, il décida donc de rester au bord
de la plage.

tiré des Fabliaux du Management par François CHARLES

La situation insupportable de frustration du début devint
bien vite plus agréable après que notre homme eut constaté les
bienfaits d’une compagnie féminine qui n’attendait que cela.
De retour à Paris, le véliplanchiste se décida à rencontrer un
brillant spécialiste afin d’enrayer ce mal qui le rongeait : la
guérison lui fut assurée à force d’infiltrations et d’ordonnances.
Quelques mois, quelques investissements et deux journées
de tennis et de golf après, la douleur était réapparue. Fallait-il
de nouveau piquer ?

« On » lui conseilla alors de rendre visite à un ostéopathe.
L’approche fut différente :
— Installez-vous. Voyons d’abord les pieds, les hanches…
Un peu surpris, le patient intervint :
— Docteur, je viens pour le coude.
Le praticien ne répondit pas, continua à analyser les
articulations du patient tout en le faisant parler sur ses
antécédents, ses habitudes, les sports pratiqués, avec quelle
fréquence, quelle gêne, etc. jusqu’à parvenir à une explication :
— Votre bassin est bloqué et tassé. La quatrième vertèbre pince
un nerf qui secrète certaines substances en direction du tendon
du bras qui provoquent une inflammation au niveau du coude.
Voilà ! simple non ?Mais efficace.

Après une séance de manipulation, il conseilla à son patient
d’adopter certaines postures, l’informa des séances nécessaires
à suivre, et le mit en garde contre une rechute en cas d’absence
de suivi avant consolidation. Il lui recommanda d’en parler à
son médecin généraliste.

L’histoire ne s’arrête pas là. L’été revenu, notre homme ayant
goûté aux joies de la plage bien accompagné décida, au bout
d’un jour, de simuler la rechute et d’abandonner la planche à
voile. Il pensa que l’ostéopathe aurait peut-être mieux fait de
l’avertir sans le guérir, afin qu’il pût continuer à bronzer sans
risquer de voir son subterfuge découvert.

Enseignement

S’il est possible de calmer la douleur en agissant « là où ça fait
mal », cela ne signifie pas que l’on est intervenu là où réside le
mal. Recherchez son origine sans négliger aucune piste, même
la plus insoupçonnable. L’essentiel est de se poser la bonne
question au moins une fois.

La réalité est parfois surprenante. Vous avez mal au coude ?
– Cela peut venir de la colonne vertébrale. Votre vue baisse ? –
Vous avez peut-être du cholestérol (régression de l’afflux de
sang au cerveau). Vous avez froid aux pieds ? – Mettez donc
un bonnet (déperdition de chaleur et répartition de l’énergie),
et ne buvez pas d’alcool (coup de fouet mais hypothermie
assurée à terme, car masquage de l’information et dérégulation
de l’organisme). Etc.

Étrange ? Pas du tout. La médecine d’urgence calme la
douleur, mais seul le traitement de fond, d’analyse, d’approche
et de vision globale, peut la traiter définitivement sauf si, bien
sûr, cela vous arrange d’avoir mal (en connaissance de cause).
Quel rapport existe-t-il avec l’entreprise ? Le cas le plus
significatif apparaît dans l’analyse des systèmes d’informations
et des reportings. Même en utilisant l’outil informatique le plus
performant, la saisie d’une donnée erronée fournira de facto une
information consolidée fausse. Aussi faut-il repérer où est la
douleur et d’où vient le mal.

Après l’intervention de spécialistes en informatique, pour
conclure ou non au bon fonctionnement du système, prenez
le recul nécessaire pour observer l’analyse fonctionnelle et
organique, l’analyse et la mise en place du système d’information1
et du système informatique, ainsi que la manière dont
le système a été testé, puis interrogez les utilisateurs sur le
processus.

L’origine du problème vient souvent d’un manque de
responsabilisation en amont : l’ingénieur qui a pour fonction
d’entrer les données sur chaque affaire confie souvent cette
tâche à un stagiaire. Ce dernier, au départ motivé, se retrouve
vite seul derrière sa console et, n’osant plus poser de questions,
prend alors l’initiative d’interpréter les informations fournies
(doit-il lire 1, I ou 7 ?) faussant évidemment les reportings.
Ainsi croit-on avoir mal à la tête alors que le mal vient du
pied, ce mal étant provoqué par un manque de motivation et
de responsabilisation des personnels.

D’autres dysfonctionnement peuvent être remarquables : si
vous souhaitez maîtriser les risques ou optimiser votre fonctionnement,
ne primez pas la fonction pour qu’elle l’emporte sur le
grade quand le grade note ensuite la fonction ! Cette situation se
rencontre souvent dans les situations croisées, les rattachements
fonctionnels d’une part, hiérarchiques de l’autre. Mais peut-être
cherchez-vous le consensus mou et le statu quo ?

D’autres cas intéressants apparaissent par manque de
cohérence dans l’organisation. Que dire quand le siège d’une
société se plaint de l’indépendance des établissements pour
l’imposition de directives et la remontée des informations, quand
les sous-directeurs du siège sont ensuite nommés… directeurs
d’établissements, et non l’inverse Et que rajouter quand on sait
que ces derniers sont mieux considérés au sein du groupe que
les membres travaillant au siège ! Ce type de situation peut
conduire au « au coup du parapluie » que nous verrons plus loin.

LES FABLIAUX DU MANAGEMENT
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1 Un système d’information commence entre deux personnes, sans induire
forcément la notion du vecteur de l’informatique.

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