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Un jour de grand vent, dame forêt vint trouver le pompier et
lui dit :
— Compagnon protecteur, je viens t’annoncer que je suis en
péril. Les flammes me rongent les pieds. Je te demande d’intervenir
au plus tôt avant que mon corps tout entier ne s’embrase.
À ces mots, le pompier rassembla ses hommes et courut
éteindre les flammes. Comme le vent se mettait de la partie, il
décida de placer la moitié de sa troupe sur le brasier et l’autre
moitié à mi-jambe de la belle pour élaborer un coupe-feu.

Voyant ses chevilles rongées, la forêt hurla de désespoir, traita
le pompier de toutes sortes de noms d’oiseaux et appela la pluie
à la rescousse. Le pompier soutint l’outrage et continua son
travail jugé, peut-être à tort, inutile.

tiré des Fabliaux du management par François CHARLES

L’effet de surprise de la pluie joua un temps, puis fut gommé
par les efforts du feu et du vent, vils diablotins unis dans la
bonne farce.

Pendant ce temps, le pompier redoublait ses efforts pour créer
son coupe-feu, au grand désespoir de la forêt qui l’injuriait de
plus belle. Elle le renvoya. Le travail avait néanmoins été
accompli.

Arrivé à mi-jambe, butant sur le coupe-feu, l’incendie ne put
se propager davantage. La forêt reconnut bien vite que, sans
l’initiative du pompier, son corps entier serait en train de brûler.
Elle s’excusa bien bas.

Enseignement

Sachez agir sur les affaires courantes sans négliger la grande
valeur du travail de fond. Répartissez vos forces.

Les deux composantes de l’entreprise que sont le fonctionnement
et le développement vont de pair et doivent s’autoalimenter
de manière permanente sous peine de ne pouvoir
honorer des commandes et de se discréditer, ou de ne pouvoir
vivre faute de commandes. Bref, sous peine de mort certaine.
Aussi, il convient de ne pas donner des tâches de nature
différente à une seule et même personne. Qui se consacre à de
grands projets ou à la réflexion ne peut également régler les
affaires courantes. Souvenez-vous du proverbe chinois : « Celui
qui chasse un cerf ne s’occupe pas des lapins. »
On ne peut donc être à la fois sur le coupe-feu et sur le foyer,
même si les deux actions sont nécessaires.

Par exemple, la personne chargée de la stratégie doit
travailler dans une optique à long terme quand le commercial
doit chercher des affaires pour alimenter le compte de résultat
annuel. Aucune de ces deux démarches ne doit être négligée.
Elles sont complémentaires. Ainsi, certaines idées trouvées pour
alimenter le coupe-feu pourront être appliquées pour combattre
les flammes, et inversement.

Certains préféreront la tactique du jeu d’échecs à celle du
jeu de go1. À cela je réponds qu’elles sont également souvent
complémentaires : aux échecs, vous êtes sur un champ de
bataille déterminé : au jeu de go, vous jouez simultanément sur
plusieurs fronts, mais l’objectif final reste le même, gagner ou
mourir.

Bien sûr, une méthode pas à pas construite sur des schémas
d’organisation des tâches2 permet de progresser de façon
pragmatique. Mais si progresser pas à pas semble éviter de
construire des « usines à gaz », maîtriser cette progression dans
une vision globale offre par ailleurs la possibilité de maîtriser
la direction que l’on prend, de recentrer les travaux et de
transmettre le témoin dans les meilleures conditions.

Petites tâches et grands travaux ne sont donc pas incompatibles.
Ils doivent être menés de façon simultanée afin d’aboutir
à un résultat efficace.
Aussi, ne négligez ni ne dévalorisez pas ceux qui réfléchissent
à long terme, même si leur travail n’est pas immédiatement
productif. Ne pas produire une fiche par semaine ne signifie pas
ne pas réfléchir.
A contrario, il est important que les commerciaux ne se
sentent pas non plus dévalorisés quand les stratèges sortent de
l’ombre et prennent momentanément le dessus.
La meilleure optimisation restant, bien sûr, un travail
d’ingénierie concourante et d’exploitation des connaissances
avec reconnaissance mutuelle des contributions de chacun.


1 Jeu chinois où chaque joueur dispose ses pièces (blanche ou noire) sur
l’échiquier, sans ordre établi, pour conquérir le plus grand territoire.
2 De type Pert ou Gantt.

Les fabliaux du management - françois CHARLES - Ed Chiron

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